Interview alumni : Fanny HULOT, graphiste textile chez Okaïdi

Dessiner pour habiller les enfants : voilà son quotidien chez Okaïdi, où elle imagine motifs et éléments du rayon naissance. Ancienne cheffe de produit, elle a troqué les chiffres pour les crayons numériques, avec un mot d’ordre : allier créativité et contraintes. Dans cet entretien, découvrez Fanny HULOT qui partage son parcours, ses inspirations et ses missions.
Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Fanny HULOT, j’ai 43 ans et je viens de faire une reconversion professionnelle. En effet, j’ai travaillé une dizaine d’années comme cheffe de produit dans le textile. Puis, avec le Covid et un contexte professionnel difficile, je me suis posé des questions. J’ai décidé de changer de voie et, après une longue introspection, je me suis tournée vers le graphisme. C’était à la fois proche de ce que je connaissais déjà et totalement nouveau. J’ai repris mes études pendant deux ans à Laho Formation, et j’ai trouvé du travail immédiatement après.
En quoi consiste votre métier actuel chez Okaïdi ?
Aujourd’hui, je suis graphiste textile chez Okaïdi, une enseigne de vêtements pour enfants. Nous sommes cinq graphistes, chacun avec une spécialité : bébé-fille, bébé-garçon, enfant-fille, enfant-garçon… Je m’occupe du rayon naissance : les pyjamas, les maillots de bain ou encore la valise maternité (le trousseau des nouveau-nés).
Concrètement, mon travail consiste à dessiner. Je crée des motifs et des illustrations en accord avec l’ADN de la marque, mais aussi alignés avec les tendances définies par notre direction artistique et nos coordinatrices de style. Je travaille en lien direct avec les stylistes, qui imaginent les formes de vêtements. Ensemble, nous ajustons mes dessins pour qu’ils soient adaptés aux tailles, aux matières et au rendu final. J’échange aussi beaucoup avec les cheffes de produit, mon ancien métier, ce qui me permet de comprendre parfaitement leurs attentes : un produit doit être beau, mais aussi se vendre au bon prix, au bon moment et au bon endroit.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?
Ce qui me plaît le plus, c’est de voir mes créations portées. Quand je croise un enfant dans la rue avec un vêtement que j’ai dessiné, c’est un petit bonheur. Chez moi aussi, puisque j’ai des enfants – même si j’ai seulement des garçons, ce qui me frustre un peu pour certains modèles !
J’aime également le travail en équipe. Contrairement à l’idée que l’on se fait parfois, la créativité n’est pas un travail solitaire. Il y a toujours un cadre : des contraintes techniques, de matière, de taille… Ces limites structurent notre imagination et nous obligent à trouver la meilleure solution possible.
Quelles sont, selon vous, les qualités principales à avoir en tant que graphiste textile ?
Il faut être créatif, bien sûr, mais aussi curieux. La créativité ne sort pas de nulle part : elle se nourrit de recherches, d’inspirations de tendances observées partout : via Pinterest, diverses expositions, musées et voyages. Ensuite, il faut de la rigueur : derrière les dessins, il y a toute une partie technique avec des dossiers précis à rendre dans des délais serrés. Enfin, il faut être flexible : l'univers de la mode est un univers très subjectif, qu'il y aura autant d'avis différents que de personnes interrogées. Il faut apprendre à ne pas prendre les critiques personnellement, car on travaille pour une marque et un objectif commun.
Aujourd’hui, quel est votre principal défi ?
Mon défi quotidien est de réussir à apporter ma touche personnelle tout en respectant l’ADN de la marque. C’est un équilibre subtil : proposer des idées originales, mais en restant cohérente avec l’esprit Okaïdi et les attentes de nos clientes.
Pourquoi avoir choisi de vous reconvertir ?
Mon métier de cheffe de produit était devenu pesant. Les chiffres ne suivaient pas, l’entreprise n’allait pas bien, et j’avais perdu ce petit moteur positif qui vous donne envie de continuer. Le Covid a été un moment de réflexion. Je me suis d’abord dit que je voulais tout changer, de métier et de secteur. Mais autour de moi, on m’a conseillé d’y aller par étapes. Finalement, un concours de circonstances m’a menée vers le graphisme textile.
À l’époque, j’avais postulé en alternance pour un poste de graphiste en communication. Par erreur, on m’a reçue pour un poste en graphisme textile… et cela s’est avéré être le bon choix. En parallèle, j’avais découvert la suite Adobe grâce à une petite formation CPF, et je savais que j’adorais travailler avec ces outils. Tout s’est alors mis en place naturellement.
Qu’est-ce que votre formation à Laho Formation vous a apporté ?
Le format en alternance a été décisif, car je ne pouvais pas reprendre deux ans d’études sans revenus. L’école m’a aussi plu par sa taille humaine : ce n’était pas une grosse machine, et cela favorisait les échanges.
Les projets « fil rouge » ont été particulièrement marquants : ils demandaient une implication énorme, mais m’ont redonné le goût d’apprendre et de m’investir à fond. À 20 ans, je voulais finir mes études au plus vite. À 40, j’ai découvert que j’aimais me replonger dans un projet de A à Z.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut suivre vos pas ?
Pour un étudiant, je conseillerais de multiplier les projets personnels. Même si tout n’est pas terminé, l’important est d’avoir des idées, de les noter, de tester. On apprend énormément en dehors des cours.
Pour une personne en reconversion, je dirais de bien en discuter avec son entourage, car c’est un effort collectif, surtout quand on a une famille. Ne pas attendre d’être sûr à 300 % avant de se lancer : la conviction se construit au fur et à mesure des projets. Et surtout, pendant ces deux années de formation, il faut tout donner. C’est temporaire, mais ça change une vie.
