Portrait alumni : Rachel Duel, graphiste et fondatrice du studio Chromalin

L’entrepreneuriat ne faisait pas partie de ses plans initiaux. Formée aux Beaux-Arts de Tourcoing, Rachel Duel se destinait d’abord à une carrière artistique. Mais au fil des expériences, des rencontres et d’une alternance décisive chez Laho Formation, elle découvre un autre terrain d’expression : la communication et le graphisme. Aujourd’hui fondatrice du studio de création Chromalin à Arras, elle développe un univers graphique à son image, humain et inclusif. Dans cette interview, elle revient sur son parcours atypique, le rôle structurant de l’alternance et la manière dont elle a réussi à conjuguer sa créativité et son exigence.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Je suis Rachel, graphiste, illustratrice et fondatrice du studio de création Chromalin, basé à Arras. Avant ça, j’ai obtenu un Master aux Beaux-Arts de Tourcoing, Mais en sortant des études, même si j’adorais créer, je ne savais pas encore comment transformer ça en vrai projet professionnel. En parallèle, je réalisais des projets de communication pour plusieurs structures et je me suis progressivement prise au jeu. C’est au fil de ces expériences que mes missions m’ont amenée vers la communication visuelle.
Pourquoi avoir choisi une formation en alternance chez Laho après votre Master ?
Parce que je sentais que j’avais besoin de structurer ma créativité et de professionnaliser mes compétences. Je maîtrisais déjà l’aspect artistique, mais il me manquait toute la dimension stratégique de la communication : comprendre les comportements des consommateurs, construire une campagne, utiliser certains outils techniques et travailler avec une vraie méthodologie.
Chez Laho, j’ai surtout trouvé une approche humaine. C’est ce que j’ai ressenti dès les premiers échanges avec les équipes.
Qu’est-ce que cette alternance vous a apporté concrètement ?
Cette formation m’a apporté bien plus que des compétences techniques. Elle m’a aussi donné confiance en moi et en mon travail. J’ai longtemps douté de mes compétences et cette formation m’a aidée à prendre conscience de ma légitimité et de la qualité de mon travail.
J’ai aussi énormément appris grâce aux formateurs, qui étaient tous des professionnels du terrain. Ils nous ont transmis une vision très réaliste du métier. En ce qui concerne l’alternance, le rythme était soutenu, entre entreprise et formation, mais elle m’a énormément fait grandir, autant professionnellement que personnellement.
Y a-t-il un projet ou une rencontre qui vous a particulièrement marquée pendant votre formation ?
Je garde un très bon souvenir des workshops organisés pendant la formation. On recevait un projet le lundi matin pour le rendre le vendredi. Ces semaines étaient extrêmement intenses, mais elles m’ont appris à travailler vite, efficacement et en équipe. Aujourd’hui encore, cette capacité à travailler vite et à gérer des délais serrés fait partie de mes forces.
En 2024, vous créez votre studio Chromalin. Quel a été le déclic pour vous lancer ?
Le déclic a été très personnel. Après plusieurs années comme chargée de communication en mairie, où j’ai énormément appris, plusieurs événements de vie se sont enchaînés en peu de temps. Cette période a profondément changé ma manière de voir les choses. J’avais besoin de créer quelque chose qui me ressemble davantage. Au début, je n’avais pas toutes les réponses, ni un business plan parfait. Mais je sentais profondément que c’était le bon moment.
Comment définiriez-vous aujourd’hui l’identité de Chromalin ?
Chromalin est un studio de création à taille humaine, avec une approche inclusive et profondément humaine. Je veux que les gens se sentent écoutés et compris. J’accorde aussi beaucoup d’importance à l’accessibilité graphique : penser aux personnes dyslexiques, aux daltoniens pour rendre les contenus plus inclusifs.
Et visuellement, j’assume aujourd’hui quelque chose de très coloré et très maximaliste. Pendant longtemps, j’ai essayé de rentrer dans des codes plus classiques. Puis j’ai compris que les clients venaient justement chercher cette singularité-là.
Qu’est-ce qui est le plus difficile quand on entreprend seule ?
C’est surtout la rigueur et l’autodiscipline. Quand on travaille seul, il faut être capable de tout gérer : les projets, les clients, l’organisation, l’administratif, la comptabilité. Mais malgré les difficultés, j’aime profondément ce que je fais. Et je pense que cette passion aide énormément à tenir dans les périodes plus compliquées.
Depuis 2025, vous transmettez aussi vos connaissances à des étudiants. Pourquoi cette envie d’enseigner ?
J’ai eu la chance d’être formée par des personnes qui m’ont énormément apporté. Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre à mon tour. J’enseigne désormais le graphisme et le community management auprès d’étudiants. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de stimuler leur curiosité et leur créativité. Leur montrer qu’on peut créer autrement, réfléchir autrement, et que la créativité ne concerne pas uniquement les métiers artistiques.
Justement, quel regard portez-vous sur l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs ?
Je pense que ce qui fera toujours la différence, c’est l’humain. L’intelligence artificielle fonctionne à partir de données existantes, alors que la créativité humaine naît du ressenti, de l’émotion, de l’expérience et parfois même de l’inconnu.
Je crois aussi qu’il y a aujourd’hui une forme de fatigue face aux contenus trop uniformisés. Les gens recherchent de plus en plus de sincérité, de singularité et de relation humaine. C’est aussi pour cela que je tiens à garder une relation directe avec mes clients. Chez Chromalin, du début à la fin du projet, c’est toujours moi qui échange avec eux.
Quand vous regardez votre parcours aujourd’hui, de quoi êtes-vous la plus fière ?
Je pense que je suis surtout fière de ne jamais avoir abandonné. Il y a eu des moments compliqués, personnellement comme professionnellement, mais j’ai toujours continué d’avancer, même quand je doutais énormément.
Il y a une phrase que j’aime beaucoup et qui résume assez bien mon parcours : “She believed she could, so she did.” Elle pensait qu’elle pouvait le faire, alors elle l’a fait. C’est vraiment cet état d’esprit qui m’a portée ces dernières années. Même quand je n’étais pas sûre de moi, j’ai continué à y croire malgré tout. Je parle souvent de pugnacité parce que je pense que c’est ce qui définit le mieux mon parcours. Aujourd’hui, ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à construire une activité qui me ressemble vraiment.
