Portrait alumni : Selma Ait Haddi, l’importance de la transmission

Elle a arrêté l'école avant le bac, enchaîné les métiers, créé une entreprise, fait le tour du monde et retourné sur les bancs de l'école à 27 ans. Aujourd'hui, Selma est désormais formatrice en commerce chez Laho et fondatrice d'Inter’lude, une entreprise sociale spécialisée dans le lien intergénérationnel. Un parcours atypique, construit au fil de ses rencontres et guidé par un seul mot : transmission.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je m'appelle Selma, j'ai 34 ans. Avant d'arriver chez Laho, j'ai eu un parcours assez atypique. J'ai arrêté mes études avant le bac puis je suis rapidement dirigée dans le monde du travail. J'ai débuté en restauration à 21 ans, j'ai travaillé dur, gravi les échelons et j'ai très vite pris des responsabilités en tant que directrice de restaurant à 23 ans. J'ai créé une première entreprise dans la restauration, que j'ai vendue. Je suis partie à l'étranger pour un tour du monde en sac à dos. Et je suis rentrée en France la veille du confinement. La restauration était à l'arrêt. C'est là que j'ai décidé de tout réfléchir, et de reprendre mes études.
Comment avez-vous découvert Laho et pourquoi avoir choisi l'alternance ?
Au départ, je ne voulais pas retourner dans un cursus classique. Je cherchais une formation professionnelle. C'est là qu'on m'a orientée vers le CEPRECO, qui est devenu Laho. Et honnêtement, ça a littéralement changé ma vie. L'alternance, pour moi, ce n'était pas un choix : c'était une nécessité. J'avais des factures, un appartement, une vie. Il n'était pas question d'arrêter de travailler pour reprendre des études. L'alternance a rendu tout ça possible.
Qu'est-ce que Laho Formation vous a apporté concrètement ?
J'ai passé deux diplômes chez Laho : Vendeur Conseiller Opérationnel ainsi que Responsable Développement Commercial. J'avais énormément d'appréhension. Revenir à l'école à 27 ans, en pleine sortie de Covid, avec des années d'expérience derrière moi et pourtant un sentiment de tout recommencer de zéro, c'était vertigineux.
Mais grâce à la petite taille des classes, l'accompagnement était vraiment personnalisé. J'avais déjà des connaissances métier, mais là, on me donnait les mots, les concepts, les outils pour nommer ce que je faisais intuitivement depuis des années. Ça a tout structuré. Cette année de licence a été la plus intense et la plus formatrice. J'y ai appris tout ce que je sais aujourd'hui : tableaux de bord, analytique, stratégie commerciale, gestion de projet.
Y a-t-il des rencontres qui ont particulièrement marqué votre parcours ?
Oui, il y en a plusieurs, et je les ai toutes gardées dans mon cercle. Que ce soit ma référente pédagogique quand j’étais apprentie ou un intervenant à qui j’ai dit dès ma première année : « Un jour, je prendrai votre place. » Il m'a répondu : « Je vous le souhaite. »
Aujourd'hui, nous donnons des cours ensemble sur les mêmes formations. La boucle est bouclée. Il y a de nombreux autres intervenants qui m’ont marquée et accompagnée. C’est le cas de mon ancien formateur en comptabilité qui m'a accompagnée dans la création de mon entreprise. Il est d'ailleurs aujourd'hui notre comptable.
À ce sujet, comment est née Inter’lude, votre entreprise ?
Pendant mes études, j’ai eu l’opportunité de créer une entreprise dans le cadre d’un Startup Challenge. Le thème était libre et mon souhait, c'était de travailler sur un projet mêlant le social et la transmission, deux domaines qui m’animent particulièrement.
Ce qui m'a décidée, c'est une question très personnelle : ma grand-mère a 93 ans, et je voulais que sa mémoire ne disparaisse jamais. Je me suis dit que je n'étais sûrement pas la seule à ressentir ça. Je me suis alors demandé comment préserver cette transmission intergénérationnelle qui se perd. C'est comme ça qu'est née Inter’lude.
Ce projet c'est un jeu de société brise-glace qui favorise le dialogue et le partage d'histoires entre personnes de générations différentes.
Vous êtes désormais formatrice chez Laho Formation. C’était un objectif ?
En effet, ça fait maintenant un an que j'interviens vraiment régulièrement chez Laho, sur les formations commerce. C'était un objectif que je m'étais fixé dès mes années d’apprentie. Ce qui rend cette expérience particulièrement riche, c'est la diversité des profils. En licence, les apprentis ont souvent un parcours tracé, des objectifs clairs. Mais j'ai aussi eu la chance d'intervenir auprès d'une classe d’adultes en reconversion professionnelle, souvent en rupture avec le système scolaire. Exactement comme j'étais, il y a quelques années. Ces profils-là me tiennent particulièrement à cœur.
Vous êtes animée par la transmission. Qu'avez-vous envie de transmettre à vos apprentis désormais ?
D'abord, qu’ils puissent croire en eux. Ne pas savoir ce qu'on veut faire dans la vie, ce n'est pas grave. Ce qui compte, c'est de ne pas lâcher, même quand c'est difficile.
Je veux aussi leur apprendre à penser par eux-mêmes. Je n’utilise pas les ordinateurs dans certains cours. Avec l'IA, beaucoup d’apprentis n'activent plus vraiment leur réflexion : ils copient, ils collent, sans passer par l'analyse. Avoir un cerveau qui fonctionne, savoir l'utiliser ça, aucune IA ne peut le remplacer.
Comment gérez-vous l'équilibre entre votre activité de formatrice et votre entreprise Inter’lude ?
Ce n'est pas toujours simple. Pendant un temps, je gérais tout en parallèle : les cours, la direction d'un bar et Inter’lude. Je me levais tôt, je rentrais tard, les week-ends étaient consacrés aux événements. L'entrepreneuriat, c'est de réels sacrifices. Je n'ai encore rencontré personne qui a pu me prouver le contraire.
Aujourd’hui, je souhaite me concentrer sur l'enseignement car c’est la transmission avec mes étudiants qui m'anime.
De quoi êtes-vous la plus fière, quand vous regardez votre parcours ?
J'ai failli ne pas répondre à cette question honnêtement, parce qu'on a toujours tendance à pointer ce qui n'a pas marché plutôt que ce qui a réussi. Mais quand je me retourne et que je vois le chemin parcouru, j’en suis fière. J'ai quitté l'école à 18 ans en me jurant de ne plus jamais y remettre les pieds. Et je suis désormais formatrice dans le centre de formation qui m’a formée. Alors quand je dis à mes apprentis « ne lâchez pas », c’est parce que je l'ai vécu moi-même.
